Les créateurs de l’adaptation RuneQuest 6 pour Royaume des Légendes se dévoilent !

 

RuneQuest et vous : une longue histoire d’amour ?

Hegan : Au début, il n’y a avait rien. Un volume indéterminé de proto-matière, à un niveau d’énergie indéterminé aussi. Puis une distorsion énergétique a entraîné un flux, qui a lui-même … Comment ? Il faut que j’abrège ?!? Bon…
Un peu d’histoire, quand même. Peu après les évènements décrits précédemment, en 1984, quelques collégiens s’attablent et jouent à un truc bizarre, AD&D (1 en VO, erreurs de traduction et de compréhension comprises, je précise), et aussi à certaines boîtes (rouge puis bleue). Quelques temps après encore, genre octobre 1985, un jeu encore plus étrange est découvert : l’Appel de Cthulhu. Personne n’y comprend rien et on joue comme des manches (canon de 75 attelé à l’arrière de la Ford T, etc.), mais on s’amuse beaucoup.
Ce sont les premiers contacts avec le Basic Roleplaying System (BRP) : pas de niveau de progression ni de points d’expérience, mais SAN et compétences.
Ensuite début 87, Stormbringer est publié en VF : énorme ! Pour les plus jeunes, je m’explique : les sorciers étaient beaucoup plus puissants que les autres personnages, cela dès la création (contrairement à D&D / AD&D). Bien entendu, on joue (encore) comme des manches, avec des toutes sortes de démons liés plein les poches, etc.
L’éditeur (lorrain) annonce, pour la fin 87 et en VF,  la publication prochaine de Runequest, jeu mythifié par les magazines et les joueurs, sous format boîte. A cette période, lors d’un voyage en Angleterre, je trouve un exemplaire de RuneQuest III de Games Workshop. Mon niveau d’anglais d’alors (fin de collège) ne me permet pas de comprendre complètement le texte, dense et plutôt synthétique : une centaine de pages, contre 460 pour RuneQuest 6. Je ne l’achète pas, alors qu’il n’était qu’à 11,99 £… j’en pleure encore.
Puis la VF parait enfin, avec quelque chose comme 6 à 10 mois de retard.
Malgré les (nombreux) défauts de cette version, le système est clairement au dessus de tout ce qui existe alors ; on joue surtout à AD&D/ D&D en med-fan, et mon groupe de joueurs et moi venons de tester JRTM / Rolemaster… sans commentaire. Cette version du BRP est tout de même lourde et il faut bien reconnaître que la création aussi bien que la  gestion des PJ sont complexes, mais la démarche est unique à cette époque.
Et l’univers, Glorantha, bien qu’à peine esquissé dans la boîte (une carte et … pas grand-chose de plus), laisse entrevoir largement plus que tout ce dont on dispose et imagine, dans tous les domaines. Globalement, les suppléments apporteront bien les éclaircissements attendus.
Quelques temps plus tard (2009 ?), je lis qu’une nouvelle version VF de RuneQuest, la IV, va être utilisée pour motoriser Elric de Melniboné , un jeu dans mon univers préféré, les Jeunes Royaumes (univers de Stormbringer). Donc je « remets le nez » dans RuneQuest à cette occasion. Connaissant vraiment bien l’univers, je m’attarde plutôt sur le système, dépoussiéré et remis à jour : une réussite, malgré une traduction… non achevée.
Pourtant, le système sera encore amélioré avec RuneQuest VI, système générique type BRP, mais selon moi largement abouti et fluidifié.

Cédric : Pour ma part, tout commence en 1987 avec la sortie de Runequest chez Oriflam. Je joue déjà depuis quelques années aux jeux de rôles et mon frère tombe sur ce jeu dans le seul magasin proche de chez nous. Nous n’avons aucune « culture » rôliste à l’époque, car notre cercle de joueurs est assez peu développé et la campagne poitevine des années 80 ne regorge pas de magasin et de joueurs de JdR. Le système de jeu nous plait très vite et les sorties des Dieux de Glorantha puis de Genertela apportent un background et de la profondeur au jeu. Nos tables adhèrent très vite et cela durera jusqu’à ce que les études éclatent toute la troupe vers la fin des années 90. Certains personnages de nos tables ont ainsi dépassé la dizaine d’année de jeu.
La vie a fait ensuite que j’ai beaucoup moins joué et même complètement arrêté pendant plusieurs années. Je n’ai donc pas joué à Runequest version Mongoose dans le deuxième âge. Depuis quelques années, j’ai repris le JdR et c’est l’été dernier (2014) que je suis tombé sur Runequest 6 en anglais et forcément, grosse curiosité donc j’ai relancé une campagne avec Hegan dans la troupe.

RuneQuest 6 et le Royaume des Légendes : en quoi sont-ils faits l’un pour l’autre ?

Hegan : Le système RQ6 est assez « rapide » et meurtrier pour les combats, la magie (les magies ?) est difficile à mettre en œuvre et à maîtriser : c’est une approche « réaliste » (tout en restant ludique). Ce qui correspond bien à l’univers du « Royaume de Légendes », dont les éléments fondamentaux sont malgré tout historiques : réalistes, et meurtriers. De même, l’adaptation à un système type « Warhammer » / « Brigandyne » est dans une philosophie pleine de noirceur, avec bien sûr des différences.

Cédric : La volonté du système de jeu Runequest 6 est d’être très polyvalent tant par rapport aux époques qu’au choix de la présence de la magie (en puissance et/ou en fréquence) et il était donc possible d’envisager ce « mariage ». C’est une idée d’Hegan qui m’a demandé en soutien, car je suis MJ pour Runequest 6 dans le cadre plus classique de Glorantha.

Le Royaume des Légendes se situe à une époque où les combats sont très meurtriers. Pour cela, le système de Runequest 6 est assez « réaliste » et oblige les joueurs à réfléchir avant d’aller combattre ou alors à s’organiser pour éviter des morts dans le groupe. Batronoban a pu tester cette différence avec la version DD5 lors des initiations à Rouen.

Pour la magie, nous avons voulu une magie peu présente mais puissante, ce qui nous amené à privilégier un nombre important de miracles de Théisme et une sorcellerie officielle très encadrée par des écoles (une description détaillée de l’école de Rouen devrait arriver bientôt), avec des sorciers « sauvages » un peu moins redoutables.

Les tournois sont une facette importante du jeu dans Royaume de Légendes et nous avons donc détaillé cette partie avec les conseils de Batronoban afin d’avoir des règles faciles, rapides et qui suivent l’esprit du système de Runequest 6.

Comment est née l’idée de cette adaptation ?

Hegan :  Jouer en Europe occidentale médiévale est une vieille chimère (ou zyglute, c’est selon) pour moi. J’avais déjà participé, comme joueur, à une campagne ADD1 dans ce type d’univers, et j’en garde d’excellents souvenirs.

J’ai souscrit à l’adaptation du Royaume des Légendes (pour DD5 et AF sur Ulule), et j’ai répondu à l’Appel de Batronoban, qui cherchait des volontaires pour travailler sur cette adaptation RQ6. Comme Cédric est mon MJ (gloire à lui, loué soit il) sur une campagne RQ6, je lui ai immédiatement proposé d’embarquer.

Cédric : C’est Hegan qui a lancé l’idée et effectué les discussions sur la feuille de route avec Batronoban. Il m’a associé à ce travail pour des tâches précises et afin de tenir un délai plutôt rapide car nous avions un test sur Rouen en prévision. Tout le mérite de l’idée est pour lui.

Quels défis avez-vous rencontrés ?

Hegan :  J’avais déjà travaillé sur une adaptation de RQ6 vers les Jeunes Royaumes, ce qui est assez facile : quelques aménagements sur les cultures et professions. Les magies déjà existantes ici et là, même celles des versions les plus anciennes, sont utilisables pratiquement telles quelles. Dois-je préciser que j’ai tous les ouvrages parus en VF sur l’univers d’Elric de Melniboné ?

J’avais commencé une adaptation au monde du « Trône de Fer », autre univers des plus alléchants et très à la mode aujourd’hui, mais le volume de travail est trop énorme… Mais si quelqu’un s’y lance, je peux aider !

Pour RDL, j’ai établi quelques points ici et là, optionnels en fait, mais RQ6 est utilisable directement. Grosse force du BRP : la polyvalence !

C’est surtout au niveau des règles de tournoi que les difficultés sont apparues. On peut très facilement  construire une usine à gaz, avec des tas de situations et de points de règle divers. Je pense qu’il faut rester simple : le cycle « résolution / jets de dés / nouvelle situation » doit rester simple, voire unique. Et ce sont les joueurs, MJ compris, qui décrivent.

Je voulais cependant expliquer dans les règles le cas du « bris de lance », très présent dans les chroniques médiévales, où l’on peut lire « tel chevalier a brisé N lances ». Je ne sais pas si c’est réussi…

Comme toujours, les MJ ne doivent pas hésiter à modifier ou à ignorer les points de règles qui paraissent confus ou inadaptés.

Cédric : Je me suis concentré sur le bestiaire et la magie Théiste. Pour le bestiaire, Batronoban souhaitait quelque chose qui ressemble à la version DD5 ce qui m’a semblé impossible. Après discussions, la forme actuelle a été choisie avec le niveau de précision qui correspondait à celui de DD5. Il a fallu regrouper toutes les créatures par « type » pour que le système de localisation fonctionne puis trouver les paramètres « minimaux » pour les rendre jouables rapidement. Il manque bien évidemment plein de choses pour chaque créatures mais le contrat me semble rempli ( désolé pour les erreurs qui se seront forcément glissées !).

Pour la magie Théiste, il a fallu créer la structure des cultes puis les conditions d’accès à ces cultes ainsi qu’à leurs grades et les listes de miracles qui leur sont disponibles. C’est fortement inspiré de Runequest III et comme je l’ai précisé précédemment, nous voulions une magie puissante polyvalente et très rare : c’est pourquoi les listes de miracles sont assez grandes.

Est-ce que c’est votre premier gros projet lié au JDR ?

Hegan : En plus des projets évoqués ci-dessus, j’ai (un tout petit peu) participé à PMT V1, dont la V2 est trouvable … ici même !

Je participe également à la préparation et à l’organisation des « Jeux de Roger », convention de l’association « Les Rôlistes Rouennais » : http://www.les-rolistes-rouennais.com/index.php/30-les-jeux-de-roger-2015

Et comme j’aime les turgescences visqueuses, je contribue également de post en post au « TOC » : www.tentacules.net. Et CasusNo, en passant …

Cédric : Pour ma part, c’est mon premier projet « officiel » lié au JdR. A l’époque d’Oriflam, mon frère et moi avions gagné un premier prix de scénario et avions été publié dans Tatou (le magazine d’Oriflam). J’étais un peu jeune encore et mon frère était un adepte des adaptations « maisons » pour lesquelles nous n’imaginions en aucun cas une parution.

Pour les événements, je participe avec la mesure de mon temps libre à l’organisation de ceux liés aux Rôlistes Rouennais où j’ai rencontré Hegan (soirée enquête, convention des Jeux de Roger entre autres).

Je me suis remis depuis une grosse année à Ars Magica et j’ai développé une petite application Android pour mes joueurs à la base : l’objectif était de faciliter le calcul du niveau des sorts et d’avoir un grimoire des sorts portable et en français. Comme le grimoire est basé sur un travail d’un joueur de la communauté Ars Magica et que nous en discutions sur le forum des Ludopathes, je l’ai publié sur le store en accord avec ces derniers. J’ai aussi participé au travail de relecture sur True Lineage et Societates qui devraient sortir bientôt.

Voilà mes faibles contributions à des projets de JdR.

Après nous avoir gâtés avec cette belle aide de jeu, avez-vous d’autres projets en tête ?

Hegan : À cette période, à Rouen et dans les environs, le folklore local et l’histoire apportent une matière considérable. Comme d’ailleurs partout en France, du fait même du contexte historique (et de l’irrationnel qui prend de l’ampleur). Beaucoup de légendes datent de cette période, les mouvements de population sont importants, etc.
Pour revenir au Royaume des Légendes, L’Ecole de Magie de Rouen  est en préparation. Éventuellement une description du Temple des Douze, toujours à Rouen. J’ai par ailleurs plein d’idées qui pourraient constituer une campagne, pas forcément sous RQ6, d’ailleurs, mais j’ai beaucoup de mal à formaliser et à écrire. Et il faudrait tester avant de proposer à un public étendu, pour valider les éléments, comme l’ont fait Batronoban et ses acolytes pour les scénarii.

Cédric :  Il faut que nous en discutions avec Hegan et Batronoban, mais il peut y avoir une idée d’une extension sur Rouen pour Royaume de Légendes avec l’école de magie entre autre autres. Après, j’ai bien des idées en tête mais le temps manque cruellement. En plus, Adventures in Glorantha pointe son nez, donc cela veut dire plein de soirées jeux Runequest 6 en perspective (dans Glorantha et dans Royaume des Légendes !)

Merci à vous deux pour avoir répondu à mes questions et bravo à tous ceux qui ont été impliqués dans la réalisation de cette splendide aide de jeu !